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hop, un article
Points de vue

Partager ne veut pas dire ouvrir

Suite à plusieurs rencontres, faites aussi bien au sein du collectif ou d’autres engagements personnels ou professionnels, je rencontre, lis ou entend régulièrement des personnes intéressées par le partage de données ou de contenus en ligne, en particulier dans le milieu muséal ou patrimonial. Certains sont encore sceptiques quant aux avantages, craignant, qui pour son image, qui pour ses euros : pour une fois, ce billet ne les concerne (presque) pas. D’autres ont franchi le pas et se sont décidés à ouvrir leurs données, à les émanciper, à les rendre « libres ». Chouette !

« On a tout mis sous licence Creative Commons »

Il y a encore peu de temps, j’étais heureux d’entendre cela. Je le suis toujours, mais je souris moins. Saluons en premier lieu l’application d’une licence permettant de s’affranchir d’un certain nombre de démarches avant de permettre une réutilisation : c’est déjà un premier pas, qui facilite bien des usages et permet de partager. Je souris moins, car toutes les licences Creative Commons (CC) ne sont pas libres.

Les CC sont une grande famille : on peut autoriser ou interdire de nombreuses choses, la citation de l’auteur étant néanmoins obligatoire (en application du droit français et de la plupart des systèmes existants). Il est donc possible :
* d’interdire la réutilisation commerciale ;
* d’interdire la modification ;
* de forcer l’application de la licence à l’identique aux travaux dérivés.

L’ouverture, dans le sens où on l’entend pour l’open-data et l’open-content, impose de ne pas mettre en place de restrictions. Les données et les contenus doivent donc être libres, impliquant la possibilité d’en faire commerce, de les modifier et d’en faire ce qu’on veut, à la condition indéfectible de citer l’auteur. Interdire de faire quelque chose est donc incompatible avec l’étiquette open-data (quelques exemples).

L’usage d’une licence CC n’est donc pas systématiquement synonyme de partage libre, mais permet au moins une réutilisation simplifiée. C’est déjà un début, mais cela pourrait être mieux.

« On a tout mis sur Dailymotion »

Autre phrase entendue, qui représente également un effort : il est possible de consulter librement le média, et même de le placer sur son propre site. Cependant, le fait de publier sur Flickr, Dailymotion, Youtube, Vimeo et consorts est une option de partage, pas d’ouverture. En réalité, que peut faire l’utilisateur ? Cette simple question est déjà floue : ces plateformes proposent toutes des systèmes d’intégration, mais rarement des explications claires quant à l’usage qui peut être fait du contenu.

Une fois de plus, partager n’est pas ouvrir : que peut faire l’internaute de la vidéo ou des photos présentées ? Cela s’étend aux flux RSS ou aux calendriers exportables, que de nombreux sites culturels proposent pour leurs visiteurs. L’usage dans un cercle privé est bien entendu l’utilisation attendue de ces éléments, mais un blog, ou une page Facebook grande ouverte n’entrent pas dans ces cas.

L’expérience nous prouve que l’usage tend à s’affranchir des lois, fussent-elles justes ou stupides. N’importe qui reprend n’importe quoi et s’en sert pour recréer autre chose, sous une autre forme. Regardez les sites de partage de vidéos, qui regorgent de dérivés réussis (et aussi de beaucoup de râtés, certes). Concernant un contenu, l’intérêt n’est-il pas de le faire connaître et d’inciter à reprendre pour aller de l’avant ?

L’étape suivante

Le grand public commence à être sensible aux licences et aux droits de réutilisation. Quand c’est marqué clairement, il commence à savoir quoi faire : « on ne touche pas à du © » et « on peut avoir un truc à insérer automatiquement », puis « on peut prendre du CC », voire pour les plus avancés « on ne modifie pas du CC-by-nd » (pas de dérivés). Il est vraiment important d’accompagner ces personnes, en rendant plus visibles ces nouveaux usages : c’est là aussi une mission de diffusion.

Il ne faut pas hésiter à aller au delà du simple partage. Plus que de suivre une mode, l’ouverture vous amènera un regard différent, avec des personnes sincèrement intéressées par vos missions, qui vous aideront à mettre en valeur et à faire connaître vos collections, vos médiations, vos productions. De plus en étant novateur, vous entrerez dans le cercle des prescripteurs. Si vous aviez l’impression de faire déjà beaucoup, et d’en avoir autant en retour, essayez l’étape suivante : licences libres, formats ouverts et ouverture à la communauté. Vous n’aurez que de bonnes surprises !

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À propos de bevellin

Intéressé par l'interactivité, le patrimoine et les découvertes, ex-Wikimédien en résidence au Château de Versailles, je suis maintenant dans la vulgarisation des sciences.

Discussion

2 réflexions sur “Partager ne veut pas dire ouvrir

  1. Pas du tout d’accord avec le concept Open = Free.
    Mais bon c’est le même débat niv développement où mes gens font l’amalgame Free = open source

    Publié par bob | 7 juin 2012, 11:45

Rétroliens/Pings

  1. Pingback: Partager ne veut pas dire ouvrir | concerturbain - 11 mai 2012

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