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Open Data péRennes, par OWNI

Cet article a été publié le 21 février par OWNI sous licence Creative Commons-BY-NC-SA. Auteur : Sabine Blanc. Voir la source

OWNI s’est un peu installé à Rennes, première municipalité de France à libérer ses données et à adhérer au mouvement open data. C’était il y a un an et demi. Passé le buzz médiatique, il faut tenir la longueur pour se montrer à la hauteur du défi. Un collectif vient de se monter pour sensibiliser tous les acteurs.

Ce mercredi à Rennes, les mordus de l’open data réunis dans un collectif se retrouvent à la Cantine numérique rennaise sur le thème “politique et citoyens”. Ils se sont réunis pour la première fois en janvier, en complément de l’action de la municipalité, pionnière dans l’ouverture des données en France. Car après le braquage médiatique des projecteurs, l’open data est une course de fond en réseaux combinant acteurs publics, société civile et secteur privé.

Rennes Métropole et la Ville de Rennes ont lancé leur plate-forme en octobre 2010. La ville a une réputation forte en matière d’innovation technique dans le domaine des TIC, ah les premiers pas du Minitel… Qui n’échappe à personne. D’ailleurs, faut-il y voir un symbole, l’open data est rattaché à la direction générale de la communication.

Le microcosme – dont OWNI – est en ébullition devant le spectacle des données libérées,  celles du réseau STAR, le service de transport en commun de Rennes Métropole, et du service LE vélo STAR et les données d’informations pratiques géolocalisées de 1.500 organismes publics et associatifs.

Dans le même temps, un concours d’application est organisé, avec une belle dotation de 50 000 euros, et une participation à l’avenant. Au final, 43 applications et services seront développées par un premier noyau de communautés rassemblant codeurs, professionnels et amateurs. Avec de belles réussites parmi les lauréats, comme Handimap, application pour faciliter le déplacement des handicapés mais aussi… des doublons.

Obstacle financier

Passée la phase de communication enthousiaste donc, “il faut s’inscrire dans la durée, pérenniser la collecte des données et des services, mettre en place des éléments d’animation en privilégiant les usages”, explique Bernadette Kessler, responsable du service innovation numérique qui chapeaute le projet open data. Dans ce sens, une première réunion des collectivités impliquées dans l’open data a d’ailleurs eu lieu au début du mois.

Le développement des applications se heurtent à un obstacle financier. Elles ne sont pas rentables à un si petit échelon. Comme le détaillait Silicon Maniacs :

Dans la capitale bretonne, les applications les plus populaires culminent aujourd’hui à 5 000 téléchargements. Tout juste de quoi espérer quelques centaines d’euros de revenus publicitaire par mois, pour un investissement qui s’élève souvent à plusieurs dizaines de milliers d’euros.

Ce n’est pas tout que les applications soient prévues pour intégrer les données d’autres villes, encore faut-il que des données similaires soient disponibles. Claire Gallon estime qu’il faudrait une douzaine de sets identiques. Or “concernant les données des transports, seul Rennes et Bordeaux les ont libérées”, déplore Bernadette Kessler à titre d’exemple. Le marché est donc en cours de construction, au fur et à mesure que les collectivités locales se lancent. Cet automne, la communauté  urbaine du grand Toulouse, Nantes ou bien encore le conseil général de Saône-et-Loire s’y sont mis, entre autres. (voir la carte complète). Sans oublier le portail national Etalab. D’autres ouvertures sont prévues, La Rochelle, Brest ou le conseil général du Maine-et-Loire, etc.

Fallait-il pour autant attendre que plusieurs villes ouvrent leurs données pour se lancer ? Attention usine à gaz, mieux vaut appliquer les principes de la doocracy, faire plutôt que dire. “Ils auraient mis beaucoup plus de temps”, prévient Claire Gallon, de l’association nantaise LiberTIC, acteur historique du mouvement open data en France issu de la société civile. “La plate-forme régionale se heurte à la difficulté du mille-feuille, cela pose problème si un acteur manque”, rajoute Simon Chignard, vice-président de la Cantine numérique, président de l’association Bug et futur papa d’un livre sur l’open data. Ce qui n’empêche pas de construire une plate-forme locale, “intéressante car elle sert d’outil d’animation”, poursuit Claire Gallon.

Pédagogie

Depuis avril, l’entrepôt des données attend une mise à jour, qui devrait arriver dans les semaines qui viennent. “Sur 300 jeux de données libérés en France, 113 l’ont été à Rennes”, tempère Simon Chignard. N’empêche qu’il faut faire face à deux problèmes. D’un point de vue technique, la mise est forme est longue. Et il faut convaincre les services de  libérer les données, long travail de pédagogie pour expliquer les enjeux et introduire cette nouvelle culture, toute en souplesse et réactivité, avec des nouveaux outils de communication comme les réseaux sociaux. Officiellement, “il n’y a pas plus de problème qu’ailleurs, au contraire, il y a un accord général”, avance Bernadette Kessler. Dans la réalité, c’est un peu plus compliqué, comme l’explique Simon Chignard :

Même en étant pro open data, je comprends leurs craintes. Les services publics n’ont pas envie de se faire taper dessus.

Certaines personnes ont encore en mémoire l’exemple de l’application Check my metro, qui avait donné des frissons à la RATP, au point qu’elle avait demandé à Apple de la retirer de l’Appstore : plus efficace que celle de la RATP, elle permettait aussi de signaler les contrôleurs. “Mais si on ouvre pas, cela se fait justement de façon sauvage” ajoute Simon Chignard.

La question de l’animation de la communauté demeure centrale.“C’est encore en discussion, explique Bernadette Kessler. C’est une grosse organisation et il faut faire le suivi des applications derrière. Ce ne sera pas en 2012 pour des questions de budget et de temps. Pourquoi pas le faire avec une autre ville ou lancer un appel à projet.”“À Washington, ils ont organisé deux concours puis plus rien, détaille Simon Chignard. En revanche, à New York, ils en sont à trois concours. On peut faire des petits challenges, par catégorie, par exemple.”

Pour que l’open data poursuive son essor, il faudrait aussi que les associations et les entreprises jouent le jeu. Or Rennes a fait un choix : ce n’est pas à eux de prendre en charge la sensibilisation de ces acteurs. Bernadette Kessler justifie :

Je ne peux pas me substituer au milieu associatif et au mouvement de l’open data. À Rennes, la société civile n’est pas forcément au fait, il faudrait qu’il y ait un LiberTIC à Rennes.

Prendre le relais

Et ça tombe puisque depuis cet hiver, la société civile prend le relais, sous la forme de ce collectif qui organisera la rencontre de ce mercredi à la Cantine numérique. Il se passe donc un processus inverse à celui observé à Nantes, où une association forte, LiberTIC, dont la notoriété dépasse la région, avait pris les devants. “Une vingtaine de personnes étaient venues à la première réunion. Nous avons lancé des invitations aux élus pour l’événement de mercredi, plusieurs ont répondu”, se réjouit Léa Lacroix. La jeune femme a une double casquette, qu’elle ne mélange pas : face pro, elle effectue un stage au service open data ; face perso, elle s’occupe de l’association.

“Après le concours, “il y a eu un moment de flottement”
, constate Simon Chignard. Le relais est en train d’être pris par des gens qui ne codent pas. Il y a par exemple des gens de l’économie sociale et solidaire.” Et aussi des journalistes. Non pas issus de la presse locale, semble-t-il plus préoccupée par les apéros Facebook géants que sur les données du budget. Des journalistes indépendants vont bientôt s’attaquer à ce nouveau terrain, rassemblés sous le nom de Rennes 1720. Une allusion au grand incendie qui ravagea la ville, prélude forcé à une modernisation. Mieux vaut prendre les devants, bis.

Cet article a été publié le 21 février par OWNI sous licence Creative Commons-BY-NC-SA. Auteur : Sabine Blanc. Voir la source

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